AccueilPlan du siteSommaire CorresSommaire Pratique

La part du maître…

ou La lettre collective en correspondance scolaire

Marc Audet, Chantiers no.11, 1983

Ce n'est pourtant pas la première fois que je fais de la correspondance avec des enfants! Mais cette fois, ça traîne en longueur. Les enfants ont de la peine à compléter le travail; c'est lent. Ce n'est pas qu'ils n'aiment pas; ils se sont embarqués dès la troisième journée d'école! Je crois en fait qu'ils sont très éparpillés, qu'ils vivent une multiplicité d'intérêts simultanément (…et pas toujours reliés à la vie de la classe, peu s'en faut!). Ce sont mes grands que j'aime bien quand même! Ils commencent à bien travailler, mais quel entraînement il a fallu!

Une chose va bien cependant, dans cette correspondance (et quelques autres choses aussi…!). C'est la procédure utilisée pour la lettre collective. Elle varie dans le détail d'une fois à l'autre, mais le schéma en demeure le même. J'ai pensé d'en parler parce que sur une heure de dîner d'il n'y a pas longtemps, la question avait soulevé l'intérêt entre nous à l'équipe. Il y avait problème au niveau de la confection de la lettre collective, dans la procédure de rédaction entre autres.

Alors, vous pensez bien, pour une chose qui se passe bien dans mon démarrage! J'allais pas me priver d'en parler! J'ai d'ailleurs innové un peu sur ce plan cette année, par rapport à ce que je faisais avant. Il faut dire que je travaille avec des enfants de 5/6ième. C'est différent d'avec les plus petits.

La procédure utilisée est tout à fait fondamentale; elle fait toute la différence entre le succès et l'échec. Comme je dois tenir compte de cette diversité des intérêts des enfants dont je parlais plus haut, même s'ils aiment bien la corres, je suis d'abord un peu plus expéditif dans les activités qui y sont liées, afin de ne pas la brûler. C'est vrai maintenant, avant que ne se développe une bonne variété d'activités autour de cette communication, et ça changera sans doute, à mesure que se développera le contexte de travail coopératif.

J'en avais donc soupé de m'installer avec tous, un bon matin, et d'entreprendre la rédaction en essayant de récupérer l'attention et l'intérêt de tous à ce moment… Alors…

Voilà un peu comment nous procédons pour cette partie des travaux de correspondance dans la classe. Et ça marche bien. Il me restera bien à stimuler encore pour accélérer le travail (…un engagement commencé avec dynamisme ne fait pas nécessairement long feu!) et susciter de l'intérêt pour le produit fini; parce que ça, c'est pas toujours évident! D'ailleurs, je me suis toujours fait un point d'honneur à ne pas nourrir d'illusions, au départ, sur l'organisation personnelle et l'autonomie des enfants. Ne sont-ils pas avec nous justement pour en acquérir?

C'est pourquoi, par exemple, je n'ai pas demandé aux enfants comment ils voulaient faire. Je leur ai dit plutôt ce que je voulais. Je n'avais pas la moindre envie de les voir ne pas accrocher à cause d'une organisation déficiente. Peu à peu, ils prendront la place qu'ils pourront prendre. Je ne tiens pas en effet à contrôler l'affaire, mais à la faire démarrer "sur le sens", comme on dit! Même si on peut être tenté de donner un sens différent à ce que je dis, je pense et j'affirme néanmoins qu'il est illusoire de philosopher sur les attitudes, les intentions: ce sont les outils et les structures en place qui font la qualité de la production… ou presque!

À partir du moment où la correspondance a démarré en classe, elle vaut un engagement; c'est la responsabilité de chaque enfant comme du prof. Il s'agit d'une part de mettre en place ce qu'il faut pour que ça produise, et d'autre part d'embarquer les enfants… ou d'aller les chercher! Il n'est pas question de faire violence, mais une fois que la question a été débattue par tous avant, on est parti ensemble! C'est la tâche de chacun comme de tous, sans exception. On se considère engagé dans un processus de raffinement progressif: si tout ne baigne pas dans l'huile dès le début pour chacun, si on ne s'attend pas à des miracles en commençant, j'ai quand bien même l'intention d'amener chaque enfant jusqu'à ses limites!


Haut de la page