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Le texte libre: de la communication orale ou écrite ?

Yves Chouinard, in Chantiers 31, octobre 1986

 

La séance régulière de lecture des texte libres devant le groupe m'a toujours agacé. Je la faisais pour choisir le texte à mettre au point collectivement mais j'ai toujours "senti" que quelque chose accrochait dans cette activité. À force de réfléchir à la question, en articulant avec les années mes concepts de lecture et d'écriture, en objectivant ma propre écriture, je crois avoir découvert "ce qui n'allait pas". Et si j'avais une classe aujourd'hui, j'explorerais de nouvelles pistes…

Le principe fondamental qui a guidé ma réflexion c'est que dans le cadre d'une communication ÉCRITE, le message doit être LU alors qu'en communication ORALE, ce message a pour but d'être ENTENDU!

J'en conclus donc que lorsqu'un enfant lit son texte à la classe, il vient de le retirer du circuit de communication écrite pour l'inscrire dans un circuit de communication orale, à tout le moins en ce qui concerne ces interlocuteurs privilégiés que sont ses compagnons de classe. De plus, cette communication orale étant la première, elle prend une importance démesurée face à d'éventuelles communications écrites subséquentes du même texte. Cette réalité a, à mon avis, des conséquences profondes sur les objectifs du texte libre et sur sa pratique elle-même:

Si je déplore ces conséquences, c'est que je crois qu'en pédagogie Freinet, le texte libre devrait être l'épine dorsale de la communication écrite. Son caractère de quotidienneté possible, ses formes, ses contenus, se types de discours variables à l'infini en font un outil beaucoup plus central et puissant que la correspondance scolaire. Je pense donc que c'est avec beaucoup de prudence et de discernement qu'on devrait en utiliser l'oralisation.

On m'objectera peut-être: "Il faut bien lire les textes si on veut en choisir un pour la mise au point!" À cela je réponds deux choses: si c'est là la seule raison, le texte n'a plus sa raison d'être et… pourquoi le choix ne pourrait-il pas se faire après une lecture silencieuse des textes proposés (chaque enfant en ayant une copie en main)?

Pour clarifier cette situation ambivalente du texte libre se promenant entre la communication orale et la communication écrite, pour consacrer le texte libre dans son rôle de "champion" de la communication écrite dans la classe, j'envisagerais sérieusement (si j'avais une classe) les hypothèses suivantes:

Si une enseignante ou un enseignant expérimentait l'une ou l'autre (ou toutes) de ces hypothèses, j'apprécierais beaucoup en avoir des échos!


Puis, dans le même numéro de la revue, Yves poursuit…

 Pour une approche naturelle de la mise au point

in Chantiers no.32, novembre 1986

Il y a vingt ans (déjà!) lorsqu'on a appris la technique du texte libre, la démarche était classique: les enfants écrivent, leurs textes sont lus à la classe qui en choisit un, le texte choisi est mis au point collectivement avant d'être acheminé au journal. J'ai déjà proposé mes réflexions actuelles sur la lecture des textes, dans le dernier numéro. Maintenant, je veux "allonger" quelque peu ces réflexions en abordant la problématique de la mise au point.

La mise au point collective d'un texte d'enfant a toujours été pour moi une activité extrêmement difficile et délicate. Que de fois j'ai perdu patience parce que les enfants ne trouvaient pas "la belle tournure" que j'avais en tête! Que de fois j'ai culpabilisé le groupe pour sa faible participation! Sans compter les expériences douloureuses de certains enfants dont les textes étaient soumis à la "désappropriation" collective! Finalement, les enfants "achetaient" mal cette activité dont le seul but leur semblait être l'apprentissage de l'orthographe. Pourquoi faire tous ensemble ce que le professeur et l'enfant peuvent fort bien réaliser à deux ? Qu'est-ce qui pourrait bien motiver un effort coopératif de mise au point d'un texte ? J'y vais de mes hypothèses…

Ces hypothèses, je vous les livre en vrac comme autant de pistes de solutions possibles dans une démarche de "remue-méninges" que je vous encourage fortement à poursuivre… Compris?

La mise au point collective d'un texte est naturellement justifiée lorsque:

Pour le moment, je ne vois pas d'autres situations "naturelles" qui justifient une mise au point collective. Alors si vous en trouvez, ce serait intéressant qu'on puisse les lire dans un prochain numéro de Chantiers!

L'activité de mise au point touche inévitablement des démarches de connaissances. Mais je les considérerai toujours comme des mises en situation d'activités subséquentes spécifiquement axées sur le code grammatical ou orthographique. Si on me demandait de définir la mise au point, je dirais que c'est essentiellement l confrontation d'un texte avec la perception qu'en ont les lecteurs. On met au point lorsque les lecteurs reçoivent un autre message que celui que voulait émettre l'auteur… ou quand l'auteur s'est manifestement trompé dans son information! Réservons donc d'autres moments pour l'apprentissage de la grammaire tout en les appuyant sur les expériences de mises au point.

J'aimerais bien lire d'autres réflexions sur le sujet dans les prochains numéros…

Note:

Ces deux textes consécutifs eurent l'heur de provoquer des réflexions, sans doute; déjà dans le cours du cette année scolaire 1986-87, deux articles s'en firent les échos dans les pages de Chantiers. Des ateliers du stage d'été suivant reprirent la discussion…

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