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"...Dans une classe coopérative, il importe de savoir trouver vite qui peut être ressource pour nous, selon le travail que nous sommes en train de réaliser. Il est donc important de savoir situer chacun selon ses talents, ses forces, ce qu'il peut mettre à la disposition de tous, et inversement, ce que l'on peut attendre de lui ou d'elle. Il n'est pas inutile de concevoir et de mettre en application un système de reconnaissance des personnes qui puisse être utilisé selon la tâche. Chez nous, cela s'appelle les "tableaux des couleurs", classés un peu comme le sont les degrées du judo. Un "blanc" est sans expérience et attend davantage qu'on l'aide (ce qui est une responsabilité collective), tandis qu'un "noir" est un expert qui doit partager son savoir et son savoir-faire au profit des autres.
Ainsi, une équipe de travail se constituera-t-elle toujours, selon la tâche, autour de quelqu'un qui est reconnu pour sa capacité à se comporter correctement seul, un "bleu" par exemple, et qui sera chargé de la gestion de l'équipe, en plus des autres "travailleurs" de l'équipe où on devrait aussi retrouver un "expert" de la tâche à réaliser.
C'est une règle personnelle que j'essaie de suivre: ne jamais placer des enfants dans des situations d'échec probable pour ensuite le leur reprocher. Mais nous n'avons pas que des objectifs de développement de la personne; il y a aussi des objectifs de production, en classe. Il ne s'agit pas seulement de se sentir bien et d'être heureux, il importe aussi de réaliser quelque chose dont nous serons fiers. Ce n'est donc pas là un système d'évaluation ni d'émulation, comme on l'y réduit trop souvent, mais l'officialisation d'une réalité avec laquelle nous devons compter de toute manière..."
Marc Audet
(extrait d'un texte s'attachant à définir le concept des ceintures)

Les couleurs…

        Et l'organisation de la classe

Marc Audet, Chantiers, no.12-13, déc.82-janv.84

Nous recherchons tous, en classe, les moyens les plus efficients pour permettre à chaque enfant d'atteindre ses limites et au groupe de progresser vers une véritable autogestion. Mais il reste tout aussi important pour moi de faire en sorte que le "produit fini", qu'il soit de l'ordre des attitudes, des habiletés ou des connaissances, soit aussi le meilleur possible. Il y a des enfants et le produit, le développement individuel et collectif et le résultat de toutes les activités vécues. Et contrairement à ce qu'une première analyse pourrait le faire croire, les deux aspects du travail me paraissent intimement liés.

On fait plus pour le développement des enfants, comme individus et comme participants au groupe, en exigeant une production maximale qu'en la réfrénant sous le fallacieux prétexte de ne pas brimer les libertés. La liberté, à mon avis, est intimement liée à une connaissance de ses limites personnelles et de ses capacités; on n'a de véritable choix qu'à l'intérieur de ce qu'on sait faire.

La caractéristique de la pédagogie Freinet à mon sens est de proposer justement des moyens et des outils permettant la mise en œuvre des croyances et des objectifs qu'on a, ou des moyens des les créer coopérativement, avec l'aide de ceux qui possèdent quelques talents en ce sens. Quelques cousins de là-bas utilisent un de ces moyens qui m'a accroché dès que j'en avais vu les premières illustrations. Le système des ceintures/couleurs que les camarades de l'Enseignement Spécial en particulier utilisent en classe me disait quelque chose, sans toutefois que j'en saisisse toute la portée les premières fois que j'en ai eu connaissance, au stage de l'été 81, à Mary-sur-Marne. C'était "en filière". Il est vrai que je n'avais pas à cette époque ma classe avec ses petits et grands problèmes d'organisation du travail.

Mais quand je me suis retrouvé avec mes cocos de cette année, manifestement habitués à produire n'importe comment, à n'aller au bout de leurs entreprises que s'ils y étaient forcés, pour plusieurs, avec toute leur diversité d'attitudes, d'habiletés et de compétences, avec leur désorganisation fonctionnelle, je me suis mis à pester contre ces situations de manque d'organisation. Puis, je les ai recentrées sur moi, me rendant bien compte que j'en étais au moins tout autant responsable qu'eux. C'était mon rôle de proposer une organisation efficiente du travail et des moyens, d'éviter les confusions, de prévenir les situations d'échec et de garantir des succès… C'est là que le système des ceintures- couleurs m'est revenu, a resurgi de sa filière!

C'est qu'il était nécessaire de garantir des conditions de travail permettant un raisonnable succès et d'engager les enfants, chacun des enfants, dans des démarche à leur mesure. Cela nécessite de ma part une connaissance de l'état de chacun et l'organisation de différents types de rôles et d'activités.

Pour ce qui est des activités, les choses se mettent en place progressivement en classe depuis la rentrée. Il reste beaucoup à faire, mais si je ne m'en tenais qu'à cet aspect de la question, il resterait des insatisfactions à porter. Jusqu'à ce que je m'astreigne à reconnaître aux enfants les limites et capacités individuelles qu'ils ont, et à accorder ce qu'ils ont à faire ou ce que je leur demande de faire, à cette reconnaissance. Et par conséquent, à déterminer les limites d'exigences, sur le plan de la production et de l'attitude, que je dois avoir avec chacun.

Le problème est aussi lié au fait que chaque fois que je demande quelque chose à un enfant, ou chaque fois qu'il me demande quelque chose, la question doit être étudiée à la pièce, et y intervient aussi à chaque fois le climat du moment, mon humeur, celle de l'enfant… Il s'agissait donc de trouver un moyen de gérer les compétences de tous, sur différents plans, en fonction des besoins des personnes et des impératifs de production.

Par exemple, lorsqu'une équipe se forme pour le tirage d'un texte à l'imprimerie, l'expérience démontre très rapidement que certains enfants peuvent être une ressource de compétence pour les autres, alors que d'autres ont plutôt des talents de gestion du travail, que certains doivent prendre une partie du travail qui demande un encadrement et d'autres celle où la présence d'un adulte qui encadre est nécessaire. Si au moment de la formation de l'équipe de tirage on avait déjà déterminé quelle compétence est nécessaire pour cette activité, et où se situe chaque enfant face à ces compétences, si chaque enfant était reconnu déjà pour ses limites et capacités d'autonomie, l'organisation du travail en serait de beaucoup facilitée. C'est dans cette perspective que j'ai abordé le système des couleurs.

D'autre part, il m'apparaît important de fixer le système dans une suite de règles et de lois, connues, reconnues et acceptées: institutionnaliser le système, afin qu'il sorte du domaine du jugement ponctuel, soumis aux aléas du moment et des personnes. Car il importe qu'il soit autre chose qu'un simple outil d'évaluation de plus, qui a le désavantage d'être subjectif.

En fait, à mon avis, le système des couleurs dépasse largement le domaine de l'évaluation. C'est plutôt de l'ordre de la reconnaissance des compétences de chacun, en vue de l'organisation efficiente du travail. Si on reprend mon exemple d'imprimerie, le fait de savoir d'avance qu'un des enfants doit agir comme chef d'équipe, afin de gérer l'ensemble de l'opération, et qu'un chef d'équipe doit posséder certains talents de leadership, facilite la recherche d'un équilibre dans l'équipe de travail.

Mais encore faut-il que cette reconnaissance soit connue des enfants et utilisable par eux; en d'autres termes, si je suis le seul à connaître les talents particuliers de leadership des enfants, et qu'à chaque fois qu'on doit constituer une équipe de tirage, je doive trouver moi-même l'enfant qui gèrera l'équipe, sans que les enfants concernés y puisse intervenir, il y a risque que l'équipe ne soit pas fonctionnelle, sans compter le fait qu'une telle organisation du travail repose toujours sur mes épaules et sur mon humeur du moment.

Le fait que tous sachent la nécessité qu'un des équipiers ait une compétence connue, donc utilisable, des opérations à faire pour réaliser le travail, décentre les décisions de ma personne, favorise la coopération et permet une efficience de production qu'on ne peut pas atteindre si on laisse les hasards des amitiés ou des goûts momentanés gérer la formation de cette équipe.

J'ai très souvent eu connaissance de productions d'imprimerie qui ratent le niveau minimal de qualité parce que l'équipe était composée d'enfants n'ayant pas la compétence requise pour opérer, ou n'ayant pas celle d'organiser le travail. Ça peut toujours aller si on en est à la phase du premier tâtonnement, où on permet à un enfant une reconnaissance du matériel et où la production n'a pas en soi d'importance. Mais il en est tout autrement quand il s'agit de produire une page du journal de la classe.

C'est dans cet esprit que j'ai repris le système des cousins, en étant très conscient que ce que j'entreprenais impliquait un choix: utiliser un système de couleurs comme vous le retrouverez plus loin pose la question de l'orientation de notre pédagogie; privilégions-nous l'individu et son développement d'abord, ou celui du groupe ?

Rédiger les critères qui détermineront le niveau de compétence d'un enfant en comportement, c'est choisir aussi de se centrer sur les exigences qu'un groupe impose à un individu et penser des objectifs de développement individuel en fonction du groupe dans la même mesure au moins que de se centrer sur l'évolution individuelle à favoriser. La pédagogie Freinet n'a pas de sens si elle ne s'applique qu'à l'individu; la fonction du groupe et les organisations diverses qui l'entourent sont d'une importance fondamentale. Le tableau des couleurs en comportement reflète ce choix et l'institutionnalise.

Nous avons choisi d'adapter le tableau (…j'ai travaillé avec une copine de l'équipe pour ce travail) que nous avons emprunté aux cousins à nos besoins connus, à la lecture de la situation quotidienne que nous faisons en classe. Nous avons fait des décalages, nous avons modifié le vocabulaire, ajouté des critères qui nous paraissaient importants, retranché d'autres qui ne nous parlaient pas. À notre avis, il est adaptable; chacun peut (et doit) en faire son outil. À moins qu'il ne soit question de continuité. Mais l'important c'est qu'il soit connu de ceux qui vont l'utiliser, enfants et profs, parents. Et il doit faire objet de débat et d'acceptation par ceux qui vont le vivre et s'en servir: les enfants et le prof.

Nous nous sommes centrés sur le tableau de comportement. Il nous semblait en effet qu'il était antérieur à toute autre démarche. C'est à ce niveau d'abord qu'une organisation du travail garantit un succès ou induit au contraire un échec. Placer un enfant qui a besoin d'encadrement dans une situation où il se retrouve seul à gérer son temps et son activité, c'est le mettre en situation d'échec. Si sa couleur de comportement implique un encadrement à lui donner par une autre personne, ça ne l'empêche pas de faire l'activité en question, mais ça suppose qu'elle lui est permise dans un cadre particulier, alors que ce pourrait être différent pour un autre enfant.

J'imagine une équipe qui est à préparer la présentation d'un sketch. Dans le groupe d'enfants, il y en a un qui est reconnu comme ne pouvant généralement pas circuler seul (…sans qu'il n'y ait régulièrement problème). Dans certains cas, une telle équipe peut travailler en dehors de la classe, mais dans ce cas particulier, on devra rester en classe, et s'accommoder des conditions qu'elle impose. À moins que le maître ne soit disponible pour accompagner le groupe en dehors du local; ou qu'une autre personne reconnue responsable ne puisse le faire.

Et la décision ne fera pas l'objet de dispute, parce qu'elle n'est pas liée à la seule opinion ponctuelle de quelqu'un, mais plutôt à la reconnaissance de la situation réelle habituelle, et des conséquences qu'on en a tirées. Cet enfant pourra alors connaître un succès relatif, simplement à cause du fait qu'il a été placé délibérément et sans passion dans une démarche qu'il était en mesure de contrôler: on ne lui en demandait pas trop à la fois. Son évolution aidant, et ses petits succès le stimulant, il sera probablement en mesure d'avancer et progressivement d'atteindre d'autres niveaux reconnus par la communauté et lui permettant plus d'autonomie dans son travail.

Voici donc le tableau où nous en sommes arrivés:

Blanc:

1. a toujours besoin de l'adulte

2. se met au travail sur demande

Jaune:

1. sait rester à sa place

2. essaie de travailler sans gêner

3. a souvent besoin de l'adulte

4. sait ce qui est interdit

Orange:

1. sait ranger son matériel

2. travaille avec aide

3. circule sans gêner en classe

4. demande la parole pour parler

5. connaît les règles de vie

6. apporte au collectif

Vert:

1. travaille de temps en temps seul

2. sait référer à l'adulte ou à un camarade

3. propose et critique au lieu de se plaindre

4. se déplace sans problème dans l'école

5. commence à aider les autres

6. sait diriger un collectif (causerie, discussion…)

7. sait être responsable d'une tâche

Bleu:

1. sait travailler seul

2. respecte les règles de vie

3. sait aider les autres

4. sait diriger une équipe de travail

5. peut mener à bien une prise de décision

Marron:

1. aide beaucoup la classe

2. sait trouver du travail seul

3. s'auto-discipline

4. sait mener à bien une prise de décision

5. dirige bien une équipe de travail sans le maître

Noir:

1. peut diriger la classe seul sans le maître

2. est considéré comme adulte

Comment ça s'utilise dans ma classe…

J'ai d'abord rédigé au tableau la liste des couleurs et les critères permettant de déterminer la cotation des enfants. Ils savaient d'ailleurs que ça s'en venait. Nous avons donc discuté de chaque critère et de sa signification, dans les situations quotidiennes de travail. J'ai laissé tout ça au tableau plusieurs jours afin que les enfants s'en imprègnent.

Un après-midi, lors d'une séance de mise au point, nous avons entamé le débat sur l'utilisation du système en classe. Une question m'apparaissait encore importante à traiter avec les enfants: leur réaction face à la publication de leur cotation personnelle. Le système est en effet basé sur le fait que chaque enfant connaissant la cotation des autres, peut planifier son travail avec les autres et le sien également en tenant compte des limites et des possibilités qui y sont décrites.

Ce qui peut être problématique, selon le point de vue dominant, c'est la réaction d'un enfant qui y voit un jugement, une occasion de comparaison et une sanction, plutôt que la reconnaissance d'une situation ponctuelle dont on tient compte dans l'organisation du travail. Si on s'en tient à l'aspect évaluatif de la cotation, c'est en effet "sanctionnant". J'ai bien expliqué pour ma part aux enfants que ce n'est pas dans cette perspective que je m'embarque, mais plutôt dans l'autre.

Le débat se poursuivant, une réalité s'est clarifiée: quand on ne fait pas connaître clairement ce qu'on pense de la situation d'un enfant, on laisse place à tous les jugements possibles, surtout si on n'a pas pris la peine de se donner des critères de jugements communs. De toute manière, les jugements se font.

Aussi bien les clarifier une bonne fois, les ajuster sur un ensemble de critères connus et acceptés de tous. Le débat ouvert et la clarification faite, ça permet de décentrer la cotation de l'émotion passagère de la personne ou des personnes qui le déterminent, comme ça le fait également des décisions qui en sont les conséquences au niveau de l'organisation du travail. Les enfants ne réagissaient donc pas négativement à la cotation. C'était à ce moment encore théorique, puisque les cotations personnelles n'avaient pas encore été déterminées. Je prévoyais bien que tout ne baignerait pas dans l'huile pour tous le jour où ces cotations seraient attribuées.

Il restait auparavant à décider entre nous d'utiliser ce système ou non. Nous avons pris le vote, et je dois dire que là comma avant, les enfants ont conservé un niveau élevé de participation. Ils avaient conscience certainement de travailler à la gestion d'une question qui leur appartenait et qui aurait des conséquences sur l'organisation de leur travail. Le vote a été positif et unanime. Quant à savoir comment la cote s'établirait, quelle procédure nous allions utiliser, nous avons là aussi repris le débat.

Les modalités étaient de trois ordres, avec des variantes: le prof fait la cotation, l'enfant la fait, ou le groupe la fait. Pour ma part, j'étais résolu à utiliser les trois modes en combinaison, mais je voulais laisser les enfants se brancher sur la question.

Il en est ressorti que chacun désirait se prononcer sur sa cotation et connaître aussi mon point de vue. Par contre, ils étaient réticents à permettre au groupe de s'en mêler. Je n'en étais pas surpris outre mesure: ils en sont encore largement à l'individualisme qui fait tant de ravages dans les structures de groupe. Après maints échanges sur la question, nous avons décidé au vote et à très large majorité que la cotation serait établie entre chaque enfant et moi.

Par la même occasion, j'ai demandé aux enfants de me mettre sur un billet la cotation qu'il avait déterminé pour lui, après réflexion et analyse de sa situation. Sur 23 enfants, 6 n'ont pas été à mon avis très réalistes; 4 de ceux-là se sont surestimés, tandis que 2 autres se sont sous-évalués. Quand je reprends ces cas particuliers, je reconnais là des traits de caractère et de comportement habituels.

Pour ma part, j'ai aussi établi une cotation selon les critères, pour chacun, à partir de mon jugement. Depuis, je rencontre chaque enfant individuellement afin d'ajuster avec lui la cotation que nous reconnaîtront publiquement. Parce que je crois qu'un enfant peut me rappeler des choses que j'ai oubliées ou me démontrer que je ne tiens pas suffisamment compte de certains aspects de sa personnalité qui ne sont me sont pas évidents. J'ai donc retapé le tableau des couleurs sur une page et je l'ai complété au bas, par ce tableau:

Mon choix de cotation(la couleur choisie)(j'hésite pour...)
Celui du maître(la couleur choisie)(il hésite pour...)
Celui que nous avons négocié ensemble(notre choix commun)(la date)
Signatures: ____________________________   _____________________________

Ainsi, le choix personnel de chaque enfant y apparaît. Je le rencontre avant d'y mettre le mien; je prends encore bien trop de place pour la majorité des enfants, pour faire cette négociation à partir de nos deux choix: ils ne seraient pas sur un pied d'égalité. La procédure établie assurait que nous reprenions les critères de la cotation choisie par l'enfant. Si nous arrivions à convenir que tous les critères étaient atteints, c'est cette couleur qui lui était attribuée. Nous avancions ainsi dans le tableau jusqu'à ce qu'une couleur ne puisse être complétée; apparaissaient ainsi naturellement des points à développer qui devenaient comme des objectifs à atteindre. C'est à ce moment que je faisais connaître le choix que j'avais fait moi-même.

Jusqu'à présent, la cotation choisie ensemble a été négociée harmonieusement, même pour certains enfants qui avaient manqués de réalisme au départ. Leur propre cote était parfois assez éloignée de la mienne. Dans la plupart des cas, nous l'avons ramenée plus près de la mienne, mais ça ne s'explique pas simplement à mon influence sur eux. C'est plutôt de l'ordre de l'analyse détaillée que nous avons faite ensemble des critères, en les attachant à des significations concrètes bien précises.

Il n'est donc pas arrivé que nous ne puissions nous entendre. Mais si on en était arrivé là, je me promettais bien d'en référer au groupe. Je ne voulais pas imposer seul mon choix.

D'autre part, étant donné que les parents attendent une communication globale sur le fonctionnement des enfants pour la fin de cette étape, j'ai décidé d'utiliser cette feuille à cette fin. Par ailleurs, la feuille de cotation suivra l'enfant d'étape en étape et permettra de suivre l'évolution de la situation. J'ai convenu avec les enfants que nous reprenions de nouveau l'analyse lorsque nous considérons que la situation a changé, de sorte que la cotation représente toujours la réalité que nous connaissons.

Les conséquences sur l'organisation du travail…

Comme il est dit plus haut, le fait de déterminer la cotation d'un enfant par rapport à son comportement global permet de le placer dans une situation de travail où il réussira à produire à sa mesure. Nous pourrions reprendre l'exemple donné pour l'équipe d'imprimerie. La formation d'une équipe prévoit la réunion de deux ou trois enfants selon le goût ou la capacité de celui qui veut imprimer et qui en a reçu l'autorisation; c'est une règle par ailleurs reconnue.

Les règles de travail à l'imprimerie prévoient aussi qu'une équipe doit être dirigée par un chef d'équipe. Or en comportement, sont reconnus pour leur capacité de gérer une équipe de travail des bleus, des marrons ou des noirs; et avec permission à la pièce, des verts peuvent le faire aussi. C'est donc dire qu'une équipe d'imprimerie doit comporter un enfant ayant atteint ces cotations en comportement. D'autre part, il s'agit là d'un travail qui demande des compétences particulières. C'est ainsi que l'imprimerie devra aussi avoir ses cotes de couleurs pour identifier la capacité de chaque enfant d'y travailler à son niveau de compétence; il y aura là aussi des blancs, qui seront débutants, et des noirs qui sauront tout faire.

Cette équipe appuiera donc sa planification sur la réunion de l'auteur du texte à imprimer, d'un enfant reconnu comme vert et plus en comportement et d'un autre qui soit ressource reconnue en imprimerie. Il me semble que c'est là favoriser une production de qualité minimale, et que ça aura toutes les chances de succès, sans compter toute la stimulation que ça implique dans la volonté de poursuivre l'effort ultérieur dans d'autres travaux.

Si donc le tableau de comportement permet à lui seul de connaître des informations utiles en général, combiné à des tableaux semblables dans des domaines particuliers du travail quotidien, il prend toute une dimension d'organisation et de coopération possible. C'est donc mon intention de poursuivre le travail en ce sens en mettant au point une échelle de couleurs pour l'imprimerie, ce qui est déjà en bonne voie, mais aussi pour l'expression dramatique, la lecture (aider un autre moins compétent à se débrouiller dans un texte où il cherche), l'écriture (aider quelqu'un à présenter un texte fini, à faire une affiche…), …autant de domaines d'activité où il sera nécessaire de se donner des règles de travail une fois pour toutes, pour éviter de reprendre tout chaque fois.

En tout cas, voilà bien pour moi  une structure utile, qui permet une efficacité de travail, la coopération, l'utilisation de tous les talents, donc de se préoccuper à la fois de l'enfant, des enfants, mais aussi du niveau de production atteint. C'est aussi un autre aspect de cette part du maître qui reste au cœur de tout débat sur l'organisation du travail.

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