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Les techniques Freinet

Note: Ce texte est extrait de la BT2 no.193, des Publications de l’Ecole Moderne Française (PEMF), publiée en 1987 et intitulée “Célestin Freinet et l’Ecole moderne”. Il nous a semblé illustrer de bonne manière ce qu’on pourrait appeler une description, non seulement des techniques Freinet, mais du contexte dans lequel elles prennent place en classe.
Cependant, il ne s’agit pas ici d’un texte actualisé, et il ne tient évidemment pas compte de nouvelles techniques ayant pris de l’importance depuis cette époque, comme l’informatique, ni d’autres ayant perdu leur place prépondérante, comme l’imprimerie...

Dans "L’École moderne française", Freinet énumère, suivant l’ordre où il conseille de les introduire, vingt-huit techniques susceptibles de transformer une classe selon l’éducation du travail. Il commence par l’abolition de l’estrade, la constitution d’une coopérative et l’introduction du texte libre. Il cite ensuite le jardin scolaire qui n’est ni spécifique de sa pédagogie, ni réalisable hors des petites écoles rurales, alors très nombreuses. Il y voyait une source de motivation diverses (observations, calcul, etc.) trop peu exploitées par l’école. Par contre, il ne cite pas de techniques développées par la suite (calcul vivant, voyage-échange, montage de bandes magnétiques et bien sûr, informatique).

A cette présentation, nous substituerons une autre type de classement qui aidera à en comprendre l’esprit. Bien entendu, il n’y a aucun cloisonnement entre les techniques mais au contraire interaction.

Techniques d’expression libre

Elles ont pour caractéristique commune de ne jamais faire passer au préalable les acquisitions techniques (linguistique, solfège, perspective, etc.) mais de les aborder seulement ensuite, lorsque les enfants qui ont commencé à s’exprimer éprouvent le besoin de renforcer leur maîtrise de ces techniques.

1. Le dessin libre
Il est pratiqué dès la petite enfance avec des matériaux et des supports divers (crayons, pastels, feutres; peinture sur papier, tissu, mur, etc.) mais aussi tapisserie brodée ou de tissus cousus, sculpture...
Élise Freinet lui a consacré un livre "L’enfant artiste" , puis une revue "L’art enfantin", devenue plus tard "Créations".

2. L’entretien oral, le débat
Selon le cas, il peut être à sujets multiples (chacun informant le groupe de ce qu’il a envie de dire) ou à thème décidé collectivement. On apprend à s’exprimer mais aussi à s’écouter mutuellement, à avoir un échange, techniques dont on peut vérifier que beaucoup d’adultes les ignorent.

3. Le texte libre
Cette pratique s’est largement répandue mais s’est parfois dévoyée. Il ne s’agit pas d’un exercice scolaire dont on se contente de supprimer le sujet (on a même vu proposer des thèmes, ce qui ramène à la rédaction traditionnelle). Il s’agit d’inciter les enfants à écrire le plus possible sur les sujets qui leur plaisent, réels ou imaginaires, dans des registres divers (reportages, récits, contes, poèmes, essais, etc.).
De façon régulière (Freinet souhaitait que ce soit quotidien), des enfants présentent leurs textes préférés. Cette mise en commun est importante pour la socialisation de l’expression libre; on ne se limite pas au journal intime qui a d’autres motivations, ni à la lecture par l’enseignant qui est généralement le seul lecteur des exercices de rédaction. Un choix est opéré collectivement sur les textes qui seront publiés dans le journal. Les textes non choisis peuvent être échangés avec les correspondants et/ou mis au net dans le recueil personnel de l’enfant. Parfois, il peut constituer un petit album illustré, manuscrit ou dactylographié.

4. La création sonore et musicale
Une culture musicale en profondeur commence par l’appropriation de l’immense richesse des bruits, des vibrations et des rythmes, par la fabrication d’instruments simples et la découverte que l’on peut s’exprimer et dialoguer par le son avant d’apprendre les notions de solfège. De nombreux musiciens sont maintenant très conscients que cet apprentissage musical doit précéder toute étude technique de la musique.

5. L’expression corporelle
Le but de l’éducation n’est pas de sélectionner de futurs champions mais de donner à tous une vraie culture corporelle. C’est par la découverte puis la maîtrise de toutes les possibilités du corps que doit commencer une authentique éducation: invention personnelle, mise en commun et approfondissement.

6. L’expression dramatique
Parfois confondue avec la précédente, elle s’en différencie, sans pourtant s’y opposer, parce qu’elle associe divers éléments (voix, masque, accessoire, marionnette, décor, musique, etc.) et qu’elle possède un contenu, même quand le message n’utilise pas le langage. Il est important que les enfants puissent largement expérimenter toutes les voies possibles du jeu dramatique.

7. La création manuelle et technique
Il est déterminant que la culture manuelle commence par la conception d’un projet, si rudimentaire soit-il, par la connaissance vécue des matériaux, de leurs particularités et de leurs limites, une culture qui tend à se perdre dans la civilisation du kit où il ne reste plus qu’à assembler ce qui a été conçu par d’autres. Seule une expression manuelle libre crée les bases d’une vraie culture technique.

8. La création audiovisuelle
On a souvent parlé de la révolution audiovisuelle qui devait transformer profondément l’école. Rien ne s’est passé. Pourtant, le refus de prendre en compte les médias accroît encore le déphasage de l’école par rapport à la société. La vraie solution est de permettre à tous les jeunes de maîtriser les nouveaux langages. La création en photo, en montage au magnétophone, en cinéma, en vidéo, en dessin animé, est le seul moyen de vivre l’audiovisuel autrement qu’en consommateur. De nombreuses classes ont prouvé que c’est possible à la condition de ne pas chercher à imiter les productions commerciales, ni commencer par le décorticage de la grammaire audiovisuelle.

9. La création mathématique ou informatique
En plaçant la création au départ, les apprentissages nécessaires cessent d’être des protocoles formels que tant de jeunes, conditionnés ou écœurés, ne sauront jamais dépasser. On jette alors les bases d’un autre mode d’appropriation de la culture mathématique ou informatique. L’école a plus ou moins raté sa révolution mathématique dans les années 60, elle serait en passe de rater sa révolution informatique si elle s’en tenait à l’apprentissage passif de la grammaire des ordinateurs.

Techniques de communication

Bien sûr, l’expression libre n’a de sens que par la communication mais, dans une société qui tend au décloisonnement et à la concentration des moyens de communication, il n’est pas si facile de communiquer avec d’autres. Ce qui est vrai pour les adultes l’est encore plus pour les enfants, confinés dans un cadre familial de plus en plus restreint et instable, privés la plupart du temps de recours sociaux, d’où les phénomènes de bandes et la fuite de certains dans les drogues. Le besoin d’expression peut s’étioler s’il n’est pas incité et soutenu par de multiples réseaux de communication.

10. La correspondance interscolaire
Elle peut se faire entre deux classes ou davantage. Les enfants n’échangent pas seulement des lettres individuelles, mais aussi des textes libres, dessins, travaux (enquêtes sur le milieu, recherche diverses), enregistrements, etc. Il s’agit d’une véritable symbiose des classes entre lesquelles circulent des lettres collectives (écrites pour être affichées par les correspondants), des colis. Une correspondance régulière entre les éducateurs complète ce courant d’échange qui provoque une forte motivation à l’expression et incite à approfondir par la comparaison la connaissance des milieux  (“ils disent que le boucher vient faire sa tournée en camionnette; chez nous, il faut aller au magasin”... “sa maison date de 1861, c’est marqué sur une pierre; moi, mon quartier n’existait pas, il y a six ans!”).

11. Le voyage-échange
Quand cela est possible, les classes se rendent visite. S’ils restent plusieurs jours, ce qui permet un échange plus fructueux, les enfants peuvent selon le cas être hébergés dans les familles ou dans des locaux collectifs. Tous partagent un moment la même vie, montrent leur milieu, leurs lieux de travail, de jeux, présentent ce qu’ils pouvaient difficilement échanger de loin: jeux dramatiques, observation sur le terrain. Ensuite, les correspondants rendent la visite.
Un tel échange crée une intense motivation pour la préparation de part et d’autre (ressources matérielles à trouver, organisation, choix des activités, des visites, trajet, etc.) et plus tard pour l’exploitation de ces multiples découvertes. D’où la nécessité de ne pas limiter ces échanges aux derniers jours de l’année scolaire, comme le demande parfois une administration qui méconnaît l’importance éducative de tels voyages qui ne se limitent pas à un tourisme superficiel.

12. Le journal scolaire
Il permet de déborder le cadre clos des classes et d’ouvrir dans de multiples directions: les familles, les amis de l’école, des classes de diverses régions de France ou du monde (on peut échanger en espéranto ou faire traduire dans la langue des futurs lecteurs). Si le journal traduit la vie et la pensée de ses auteurs, il intéressera de nombreuses personnes (n’oublions pas que Romain Rolland et Henri Barbusse ont été lecteurs assidus des premiers journaux de Freinet). La variété du contenu (tranches de vie, reportages, réflexions, poèmes, récits imaginaires, curiosités, courrier des lecteurs, bloc-note de la vie de la classe) renforce l’intérêt que peut y trouver un public d’origine et d’âge aussi divers.
Sans chercher à singer la presse d’adultes qui a d’autres motivations, d’autres moyens (et sans doute d’autres défauts), le journal scolaire amène à porter un regard différent sur les médias; les jeunes cessent d’être de simples consommateurs, conditionnés ou blasés, pour devenir des interlocuteurs critiques.

13. Les techniques de composition et de reproduction
Freinet a choisi l’imprimerie, plutôt que d’autres procédés existant à son époque, parce qu’elle réunissait plusieurs qualités importantes:

-      permettre tous les tâtonnements dans la composition du texte et sa mise en page

-   être d’une telle simplicité de fonctionnement que même de jeunes enfants en ont la totale maîtrise (l’adulte se contente de corriger la dernière épreuve avant tirage, afin d’éviter le gaspillage)

-      donner au tirage un résultat de grande qualité, encore inégalé par les procédés plus modernes

-      avoir un prix de fonctionnement modique: seulement l’encre et le papier.

L’imprimerie reste un outil éducatif irremplaçable, notamment pour les plus jeunes. Freinet a également préconisé le limographe, petit duplicateur à stencils (simple cadre couvert d’une gaze). Il existe de nombreuses possibilités d’illustration, parmi lesquelles la linogravure, la sérigraphie.
Pour composer des textes, on utilise aussi la machine à écrire et plus récemment le micro-ordinateur dont le défaut reste, bien souvent, la mauvaise qualité d’impression. Ajoutons que certaines classes correspondent par télématique.
(précisons de nouveau, ici, que ce texte date de quelques années et ne pouvait tenir compte des développements rapides et heureux dont a bénéficié l'informatique, et particulièrement son utilisation efficace et relativement facile en classe)

14. Les techniques radiophoniques
Bien avant la floraison des radios “libres”, des enseignants pratiquant la pédagogie Freinet prirent l’initiative d’expériences locales ou participèrent au plan national à des émissions des chaînes publiques de l’époque. Des multiplex internationaux furent même organisés dans lesquels étaient réunis par les ondes des écoliers des divers continents. De cette grande époque de la radio subsiste l’émission des Chasseurs de son, créée par J. Thévenot, qui diffusa de nombreux enregistrements de classes Freinet comme en témoignent deux séries de cassettes de Radio-France. Actuellement, un certain nombre de classes participent régulièrement à l’animation de radios locales.
Des stages audiovisuels sont organisés périodiquement par des animateurs I.C.E.M. pour aider les éducateurs à acquérir les techniques de prise de son et de montage.
(ajoutons encore que les développements ultérieurs de l'audiovisuel ont permis depuis des réalisations étonnantes en vidéo, grâce à l'apparition sur le marché de matériels robustes, faciles à utiliser et à un coût relativement acceptable)

15. Les techniques de présentation au groupe
Au sein de la classe également, il faut des structures de communication qui accélèrent les échanges. Le problème à résoudre, c’est que la présentation systématique au groupe ne fasse pas perdre un temps précieux, d’où l’importance des techniques de présentation rapide: affichage, montage audiovisuel très court, etc.

-      la conférence d’enfant ou l’exposé ne sont, dans cette perspective, ni une interrogation orale à sujet personnalisé, ni une passation de thèse miniature, c’est la communication rapide et synthétique que pratiquent, hors du milieu scolaire, tous ceux qui ont besoin d’échanger sans gaspiller de temps.

-     les albums, manuscrits et illustrés, souvent en accordéon pour pouvoir à la fois être affichés ou consultés comme un livre, permettent l’échange avec les correspondants et un archivage dans la documentation de la classe.

-      les maquettes sont également un support concret de la communication, surtout pour des enfants éprouvant des difficultés d’échange uniquement par le langage.

(évidemment, nous pouvons y ajouter aujourd'hui les présentations sur support vidéo ou informatique, qui donnent une qualité presque professionnelle à certaines présentations)

Techniques d’analyse du milieu

Habituellement, les réalités extérieures ne pénètrent à l’école que sous forme de disciplines scolaires (géographique, historique, scientifique). En pédagogie Freinet, elles y entrent à travers l’expression des enfants, ce sont des réalités ressenties, avec toute la charge affective que cela implique. C’est indispensable mais demande également à être complété par des approches diverses et  par une analyse objective.

16. L’incitation au questionnement: la boîte à questions et l’accueil des trouvailles
À l’école ce n’est pas uniquement le maître qui doit pouvoir poser des questions. D’où l’existence d’une boîte à questions (Freinet préconise plutôt un agenda), l’essentiel est de ne rien laisser perdre. Ce n’est pas forcément l’adulte qui répond, il peut aider à la recherche des réponses soit par des expériences, soit par des visites, soit par la consultation de documents.
De plus, dès le plus jeune âge, les enfants recueillent dans les poches ou le cartables divers objets qui excitent leur intérêt. Loin d’interdire ces apports, l’éducateur organise la présentation aux autres, ce qui permet au passage de protéger ce qui est dangereux ou précieux, d’une façon plus efficace que l’interdit. C’est surtout l’occasion d’insérer dans une véritable culture ce qui est le fonctionnement spontané de la curiosité, de la comparaison par la collection.

17. Classes-promenades, sorties de groupe
Ce sont des moyens d’observer en direct, de collecter dans leur milieu des éléments qui seront ensuite étudiés en classe, d’assister au travail des adultes, de prendre contact avec des monuments, des oeuvres d’art.

18. Enquêtes personnelles
Certaines observations et recherches peuvent être faites par un enfant seul ou un petit groupe à l’aide d’une fiche-guide destinée à remplacer l’aide directe de l’enseignant.

19. Plantations et élevages à l’école
Ils constituent une occasion de contact quotidien avec des êtres vivants, en dehors du cadre restreint des animaux de compagnie.

20. Expérimentation scientifique
Il ne s’agit pas des expériences destinées à illustrer un cours magistral mais de manipuler longuement, d’inventer des protocoles d’expériences, d’en modifier certains éléments pour vérifier une hypothèse, en un mot, d’acquérir patiemment une démarche scientifique.

21. Prise en compte de l’actualité, analyse critique de la presse
Les réalités se traduisent aussi dans l’actualité où l’importance des événements est parfois liée à leur retentissement dans la presse. Il faut donc apprendre à déchiffrer l’actualité, connaître les problèmes qu’elle recouvre (Pourquoi des émeutes à Soweito? Que signifient les quotas laitiers?) et observer les différents traitements d’une même information dans la diversité de la presse.

22. Approche vécue de l’économie
Elle peut se faire par l’observation critique des publicités, des étiquettes, par l’analyse des comportements de consommation.

Techniques d’individualisation

23. Les outils programmés autocorrectifs
Pour permettre le travail individualisé, il faut des exercices très progressifs permettant de dominer graduellement les difficultés et de brûler certaines étapes quand c’est possible. Pour que l’enseignant ne soit pas débordé par la correction d’exercices différents (puisque chacun travaille à son niveau), il est nécessaire que l’enfant puisse accéder lui-même au corrigé et contrôle ses résultats, c’est l’autocorrection.
Les premiers outils programmés furent des fichiers autocorrectifs. Dans les années 60, Freinet s’intéressa à la programmation et chercha des séquences de travail autocorrectif sous forme de bandes enseignantes que l’enfant déroulait dans une boîte. Ce système fut ensuite adapté en livrets programmés, en cahiers. Les micro-ordinateurs donnent maintenant des possibilités plus souples qui devraient proposer autre chose qu’une succession inintéressante d’exercices traditionnels.

24. La documentation et son classement
Plutôt que de gaspiller l’argent à acheter trente ou quarante manuels identiques, Freinet recommande la constitution d’une bibliothèque de travail, ainsi appelée pour la différencier des bibliothèques de loisirs qui existaient dans beaucoup d’écoles. Comme on éditait alors très peu d’ouvrages documentaires à la portée des enfants, fut créée en 1932 la collection Bibliothèque de travail, familièrement appelée B.T.,qui dans ses diverses séries a publié près de 2000 numéros.
Divers livres ont leur place dans la documentation, de même que des articles de presse, des photos, des dépliants peuvent être conservés dans un fichier à dossiers suspendus.
Mais l’important n’est pas d’accumuler de la documentation, encore faut-il pouvoir retrouver ce dont on a besoin, d’où la nécessité du classement. On a donc adapté aux besoins des enfants la classification décimale des bibliothèques. De même un index alphabétique aide à retrouver un sujet traité dans l’une des B.T.

Techniques d’organisation et de vie coopérative

25. L’organisation en ateliers
Dans la classe traditionnelle, tous les élèves font au même moment la même chose. En pédagogie Freinet, il existe de nombreux moments collectifs, généralement assez courts, mais le reste du temps, les enfants ont des activités différentes. Pour cela, la disposition de la classe doit ménager des coins ateliers où certains feront telle ou telle activité (imprimerie, expérimentation, bricolage, etc.). Souvent le manque d’espace ou de matériel oblige à trouver des dispositions mobiles (on déplace quelques tables, on sort de l’armoire des boîtes de travail) et surtout à organiser la présence de chacun dans tel ou tel atelier.

26. Les plannings
Sans imposer un cadre rigide, il faut permettre réellement la liberté de choix. Si tout le monde veut peindre sur grandes feuilles, il n’y aura pas assez de grands tables, de pots de gouache, etc. Mais on peut s’organiser pour que chacun en ait le droit, tour à tour. On affiche des tableaux montrant les places disponibles dans les ateliers et on inscrit les noms des enfants qui y travailleront.
De même on affiche les apprentissages indispensables et on marque d’une croix sur la ligne correspondante, les enfants qui ont montré qu’ils maîtrisaient un de ces apprentissages. Il n’est pas obligatoire de tout afficher mais c’est un élément incontestable de stimulation positive.

27. Les plans de travail individuels
Une pédagogie de l’autonomie n’abandonne pas les enfants à eux-mêmes. Elle les incite et les aide à former des projets et à les faire aboutir. Chaque semaine ou quinzaine, chacun prévoit approximativement les divers travaux qu’il a l’intention de réaliser. D’une part, cela permet les coordinations (par exemple, s’il n’y a qu’un microscope, ceux qui en auront besoin devront l’utiliser tour à tour) et surtout cela représente un certain engagement. Bien sûr, si une raison sérieuse fait privilégier un autre travail, non prévu, cela ne soulèvera pas de problème mais le plan empêchera l’enfant de papillonner sans efficacité, il sait qu’il devra rendre des comptes. Les plus jeunes commenceront en notant au fur et à mesure ce qu’ils ont réalisé puis ils s’exerceront à prévoir.

28. L’évaluation, les brevets
Habituellement, la notation et le classement servent avant tout à trier, éliminer, faire redoubler. Or, l’important c’est que le jeune soit conscient de ses possibilités personnelles, de ses manques afin de progresser sans être paralysé par la certitude de l’échec. D’où l’importance de l’auto-évaluation, de la capacité de se fixer des objectifs.
Le système des brevets, inspirés du scoutisme, vise à donner des critères objectifs d’évaluation et à diversifier les épreuves. Par exemple, un brevet des longueurs exige que l’on sache prendre des mesures, convertir et additionner des mesures données en unités différentes, évaluer approximativement sans trop d’erreur une longueur qu’on n’a pas mesurée. Il ne s’agit pas d’un brevet portant sur tout le programme du cours moyen.
A vrai dire, de toutes les techniques Freinet, celle des brevets, concurrencée par l’obligation de préparer malgré tout aux examens et aux passages de classes, n’a pas été développée et approfondie comme elle le mériterait. Certes les brevets, créés il y a plus de trente ans, ont seulement l’intérêt de tracer la voie, mais c’est la seule alternative réelle au système périmé des examens traditionnels.

29. Les structures de vie coopérative
Bien que ce problème vienne en dernier, il est sûrement l’un des plus déterminants pour passer d’un système éducatif de type féodal (un enseignant qui décide de tout dans les limites de la tutelle exercée sur lui par ses supérieurs hiérarchiques) à un autre type démocratique, où toutes les contraintes n’ont pas magiquement disparu, notamment celles des réalités extérieures, mais où l’on élabore  ensemble des solutions aux multiples problèmes qui se posent.
Ces problèmes sont de plusieurs types:

-      l’élaboration de projets communs à partir des initiatives et propositions individuelles

-    la mise en oeuvre collective (coordination, mais également définition et recherche des moyens nécessaires)

-   le bon fonctionnement du groupe (définition de ses règles de vie et parfois résolution des conflits).

L’institution est le conseil de coopérative où l’adulte est présent sans assumer l’animation: la présidence est assurée à tour de rôle par l’un des enfants; l’adulte est parfois le secrétaire et, pour pouvoir noter des décisions claires, il clarifie ce qui se dégage des discussions et rappelle les choix devant lesquels se trouve le groupe.


Comme le dit Freinet, il n’est pas indispensable de pratiquer à la fois toutes ces techniques mais de bien comprendre la logique qui les réunit. Changer des pratiques éducatives, c’est amorcer une démarche qui pourra tout remettre en question.
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