AccueilPlan du siteSommaire Fondements

La classe coopérative

                        … en pédagogie Freinet                                    Jean Le Gal (publié dans Artisans pédagogiques, revue du groupe ICEM 34, puis repris dans Chantiers, revue du CQEM, en novembre 82)

 

Si j'avais à définir la classe coopérative en pédagogie Freinet, en quelques mots, je dirais qu'elle est un système complexe cohérent en création permanente, système créé et géré par des éducateurs de l'École Moderne et les enfants ou les adolescents de leurs classes, chaque classe constituant, à un moment donné de son évolution, de son tâtonnement expérimental, un milieu vivant original, une synthèse particulière des multiples facteurs qui constituent la classe coopérative, mais ceci autour de finalités communes, d'une idée de l'homme et de la société.

Un homme...

Autonome, libre et responsable, apte à prendre sa vie en main, mais aussi à coopérer avec les autres, à les accepter dans leurs différences et à lutter pour une autre société;

Une société...

Dont la liberté, la justice sociale, la fraternité et le travail désaliéné seront les fondements, une société d'où sera bannie l'exploitation de l'homme par l'homme

Ce système complexe s'appuie évidemment sur les principes fondamentaux de la pédagogie Freinet:

Système complexe

Ce qui me frappe en entrant dans une classe coopérative en pédagogie Freinet, et en la voyant fonctionner, c'est la complexité de l'ensemble formé par des activités diversifiées, une organisation minutieuse, des institutions multiples.

Activités diversifiées :

Contenu :
Forme :
Organisation minutieuse :
Institutions multiples :

La cohérence est un élément fondamental, c'est une nécessité. Mais elle est difficile à atteindre et sans cesse remise en cause par l'évolution même des différents facteurs constitutifs de notre collectivité:

Ceci au niveau de la classe, mais aussi au niveau général de la pédagogie Freinet, dans son mouvement.

Un des liens essentiels de cette cohérence est l'organisation coopérative de la classe: toutes les activités, l'organisation de l'espace, du temps, des activités, les institutions, doivent aller dans le sens de l'éducation coopérative, et c'est ce qui nous différencie des classes où la coopérative scolaire n'existe que pour certaines activités (travaux manuels, fêtes, voyages…).

Un autre lien essentiel est notre idée de l'homme et de la société, et c'est ce qui nous différencie d'autres classes qui utilisent quelques éléments semblables aux nôtres, parce qu'ils ont été préconisés par un des projets de réforme du pouvoir en place ou parce que c'est à la mode (non-directivité, décloisonnement, travail en équipes, correspondance, coopérative…), ces éléments devenant souvent des fins à atteindre au lieu de demeurer des moyens au service de finalités éducatives.

Les activités, les techniques, les outils, les institutions, l'organisation, doivent se centrer sur les finalités:

Un homme autonome, apte à prendre sa vie en main:

Un homme libre et responsable:

Apte à communiquer avec les autres, à partager, à s'insérer dans une aide mutuelle, à agir en coopération...

La recherche de la cohérence entre les finalités et les pratiques a toujours été le souci des praticiens novateurs, soucieux de changer l'école et pas seulement de la réformer. Pour nous, qui nous nous voulons des praticiens-chercheurs, c'est un concept fondamental.

Pour appuyer cette affirmation, je ferai appel aux travaux du Comité d'Instruction Publique de 1791, issu de la Révolution et chargé de promouvoir une éducation nouvelle (in Introduction à l'ouvrage de Pistrak, pédagogue soviétique des années 1920, Les Problèmes Fondamentaux de l'École du Travail, Éd. Desclée de Brouwer, 1973). Très rapidement une évidence s'est imposée à lui: une pédagogie conçue pour former des sujets soumis était nécessairement inadéquate pour former les hommes et les femmes responsables nécessaires à la société nouvelle.

En effet, peut-on enseigner le sens de la liberté et des responsabilités, la coopération, avec des leçons et des punitions ? il y a incohérence de nature et incohérence d'usage des moyens pédagogiques anciens avec les buts nouveaux données à l'éducation. Nous devons tirer la leçon: tous les moyens ne sont pas bons, même s'ils sont efficaces pour un certain objectif, pour atteindre nos finalités éducatives.

Le Comité d'Instruction Publique a aussi dégagé un principe fondamental que nous devons retenir pour nos recherches: "l'institution scolaire doit reproduire aussi fidèlement que possible la société nouvelle à laquelle elle a pour mission d'introduire". Mais la recherche de cohérence ne doit pas aboutir à une structure rigide, non évolutive, car ce qui est juste à un moment donné et en un lieu donné, ne l'est pas obligatoirement à une autre moment et en une autre lieu.

Notre mouvement pédagogique, et chacun de nous, s'est trouvé confronté à des causes de changement:

Tout ceci nous amène au troisième terme de ma définition: système complexe cohérent en création permanente. L'éducateur, avec les enfants, doit créer donc un ensemble cohérent en mouvement, et c'est ce mouvement, cette évolution nécessaire, qui explique les difficultés que chacun de nous rencontre et qui justifie l'existence de notre Institut Coopératif de l'École Moderne: seul aucun de nous ne pourrait mener à bien cette entreprise.

Nos commissions et groupes de travail mènent des recherches dans tous les domaines qui concernent la vie de nos classes: les apprentissages en lecture, mathématiques, orthographe, langue, … Elles mettent au point des techniques, et des outils nouveaux, elles affinent les anciens. Notre coopérative (C.E.L. à Cannes) fabrique ces outils et édite les ouvrages et les revues qui nous informent.

Sur le plan de l'organisation coopérative de la classe, il était normal que se poursuivent aussi les recherches, en fonction des apports nouveaux de la psycho-sociologie et de la psychanalyse institutionnelle, en particulier (6).

(1)    Freinet C., L'Éducation du travail, Neufchâtel, Suisse, Delachaux et Niestlé

(2)   Freinet C., La méthode naturelle, l'apprentissage de la langue

Freinet E., L'itinéraire de Célestin Freinet, Paris, Payot, 1977

(3)   Freinet C., Essai de psychologie sensible, Delachaux et Niestlé

(4)   Le Gal J., Organisation et mémoire des activités dans une expérience d'autogestion, in Chantiers E.S., Nos 7-8, 1976

(5)   Yvin P., Le Gal J., Vers l'autogestion, Cannes, B.E.M., 1971

(6)   Le Gal J., Tanguy Y., La loi et nos lois, in Animation et Éducation, No.38, Octobre 1980, O.C.C.E.


Haut de la page