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PRATIQUER LA PÉDAGOGIE FREINET,

ce n'est pas seulement choisir une approche pédagogique; c'est aussi s'engager. Les enseignants Freinet sont des militants…

Note personnelle: Le texte qui suit constituait l'essentiel de la Charte de l'École Moderne québécoise, telle que rédigée du temps de la vie active du mouvement québécois, le C.Q.E.M. (Collectif Québécois de l'École Moderne). J'en faisais mon crédo, à l'époque, et il le demeure toujours pour moi. - Marc Audet

Les praticiens de la pédagogie Freinet souhaitent une transformation de l'école et militent pour cette transformation, qui va dans le sens d’une éducation où les enfants ont un droit plein et entier de participer à la gestion de leur développement et du groupe dont ils font partie, coopérativement, une éducation où la libre expression et la communication se trouvent au centre d’un travail vrai, voulu et consenti en communauté, et où ils ont droit au tâtonnement et à l’expérimentation, soutenus par des outils fonctionnels et des techniques diversifiées.

Nous désirons voir la pédagogie se transformer radicalement dans nos écoles pour en faire de véritables lieux d’apprentissage favorisant l’épanouissement de l’individu comme être autonome et coopératif, socialement engagé, ayant prise sur son propre développement et celui de son environnement... plutôt que des lieux d’enseignement centrés sur une accumulation de connaissances qui ne peut que conduire à la compétition, au dressage et à la sélection.

Dans cette optique, nous sommes opposés à tout endoctrinement, entendant par là toute pratique pédagogique refusant aux enfants l’accès à toute l’information nécessaire à l’utilisation de leur sens critique, face aux idéologies auxquelles ils sont quotidiennement confrontés, que ces idéologies soient d’ordre religieux, social, politique, philosophique ou autre, qu’elles soient le fait d’une majorité ou d’une minorité à l’intérieur de la société.

Fidèles en cela à la pensée de Célestin Freinet et des milliers d’éducateurs et d’éducatrices qui oeuvrent dans ce sens à travers le monde, nous proclamons le tâtonnement expérimental comme étant l’assise fondamentale de notre pédagogie, comme étant au cœur du processus naturel d’apprentissage.

DANS L’ÉCOLE QUE NOUS VOULONS BATIR...

Les enfants apprennent au contact du réel...

L’enseignante ou l’enseignant ne peut que favoriser le tâtonnement expérimental, seul déclencheur des véritables apprentissages. Son rôle consistera surtout à créer un environnement stimulant pour que tous les enfants y trouvent leur compte. Ses interventions essaieront toujours d’aller dans le sens de ce que les enfants sont en train de vivre, respectant leur soif de connaître et de se dépasser.

En conséquence...

Les programmes, ce sont les enfants avec leurs intérêts

Nous affirmons que les programmes officiels peuvent difficilement prédéterminer le moment et le lieu de l’ensemble des contenus d’apprentissage, ainsi que le réel à traiter en fonction des intérêts des enfants. Les programmes officiels ne sont donc que des outils de référence, proposant une liste d'apprentissages minimaux, qui sont toujours largement dépassés dans une classe où on laisse entrer la vie.

L’évaluation est un outil permettant aux enfants de planifier leur dépassement personnel et collectif

Nous ne travaillons pas en fonction de l’évaluation-notation, nous évaluons en fonction de travail accompli. L’enfant est le premier juge de ses apprentissages. Nous rejetons toute forme d’évaluation oppressive et compétitive se voulant facteur de motivation au travail. Dans nos classes, on évalue à seule fin d’améliorer le bien-être individuel et collectif d’enfants en apprentissage.

Le matériel didactique, ce sont d’abord les productions des enfants, des enseignantes et des enseignants

Nous préconisons la fabrication par les enfants, les enseignantes et les enseignants de leur propre matériel pédagogique afin de répondre aux objectifs spécifiques inhérents au processus de tâtonnement expérimental. Nous rejetons donc tout matériel didactique compris dans le sens de méthode d’enseignement, de manuel scolaire ou de cahier d’exercices prétendant indiquer tout le cursus d’un apprentissage.

Ce n’est pas le jeu, c’est le travail qui est naturel à l’enfant...

Si l’enfant se réfugie dans le monde du jeu, c’est peut-être parce qu’il est exclu du monde réel. Dans nos classes, on privilégie les vrais outils et le vrai travail. Ce n’est pas en “faisant semblant” qu’on apprend à faire pour vrai. Nous concédons au jeu son caractère de divertissement mais ce même caractère nous le fait rejeter comme fondement sérieux aux apprentissages. Ça divertit de la réalité.

Les enfants ont un pouvoir réel de décision...

Seule l’organisation coopérative de la classe donne aux enfants ce pouvoir réel de décision quant au contenu et aux modalités  d’apprentissage. En collaboration avec l’enseignante et l’enseignant, les enfants s’initient par tâtonnement expérimental à un mode de gouvernement qui constitue la base de leur évolution sociale.

Les parents de nos enfants participent aussi à l’organisation coopérative du travail avec un pouvoir réel de décision...

La concertation entre tous les agents intervenant auprès des enfants est au coeur de notre orientation coopérative. Elle ne peut se réaliser que si les contacts avec les parents sont constants et fréquents. Les parents  structurent leur fonctionnement sous le leadership de l’enseignante ou de l’enseignant.

LES FONDEMENTS DE LA PEDAGOGIE FREINET

TOUT APPRENTISSAGE DÉFINITIF NE PEUT ÊTRE QUE LA RÉPONSE À UN PROBLÈME RÉEL DU VÉCU PRÉSENT DE CELLE ET DE CELUI QUI APPREND

La pédagogie Freinet poursuit essentiellement l’objectif de libérer l’individu en lui permettant de s’exprimer et de communiquer. Elle favorise pour cela une organisation coopérative de la classe où chaque personne trouve sa place en proposant à tous ses talents et ses forces, et apprend par un processus naturel d’essais et d’erreurs utilisé dans toutes les situations qui se présentent, fussent-elles d’ordre social, intellectuel ou autre. Mais elle est avant tout une pédagogie concrète: elle n’a jamais proposé une idée qui ne soit supportée par un outil de travail, une technique de vie palpables. Chaque outil, chaque technique sont le fruit d’un lent tâtonnement, dans la pratique quotidienne, et ne sont proposés que lorsque l’on peut leur donner une forme tangible.

La pédagogie Freinet affirme aussi que dans la mise en place des conditions de travail nécessaires à ses apprentissages, chaque individu ne doit pas se retrouver dans des situations où il fait semblant. Il s’agit ici d’expériences réelles. On ne fait pas le Conseil pour s’entraîner à la démocratie; on participe à la gestion réelle de situations réelles, qui nous concernent. On ne fait pas le Texte libre parce qu’il s’agit là de bonnes sources d’écriture et de bons prétextes à leçons; on écrit parce qu’on a des choses à dire à quelqu’un qui va les lire pour vrai. Et c’est en les faisant, ces expériences, qu’on apprend; l’apprentissage est comme une conséquence “naturelle” de notre vécu, pas un objectif. En tout cas, pas celui des enfants.

Nous croyons donc qu’on ne fait pas semblant de faire. On ne fait pas “comme de la vraie écriture”, on ne pratique pas sa lecture: on écrit la lecture des autres et on lit leur écriture, réellement. On n’apprend à lire que si les écritures qu’on nous présente viennent de personnes qui sont réelles et qui disent des choses significatives pour nous. On n’apprend à écrire que si on a la certitude que quelqu’un de bien réel a un intérêt à lire ce que nous lui communiquons. On n’apprend ainsi que les choses qui nous paraissent dignes d’intérêt.

C’est ce qui nous amène à dire que nous privilégions le travail, c’est à dire le “faire pour vrai”, comme moyen d’apprentissage. Il ne s’agit pas du travail aliénant et occupationnel. Nous croyons plutôt que le travail est l’expression et le moyen privilégié de réalisation de soi et d’intégration de la personne dans son environnement.

Il n’y a pas de commune mesure entre un enfant qui joue avec un ensemble de marteau et de coins de bois à enfoncer dans des trous déjà faits et celui qui construit une niche pour son chien, entre celui qui écrit l’exercice d’écriture imposé et celui qui écrit à son correspondant, ni dans la motivation, ni dans le sérieux et l’application, ni dans l’effort et le temps qu’il consent à y consacrer de son plein gré.

La pédagogie Freinet croit en la nécessité impérative pour tout individu de savoir, de savoir faire et de savoir être: c’est là à notre avis une condition essentielle à la liberté individuelle et à la véritable autonomie. Elle ne propose donc pas de changer les objectifs d’apprentissage de l’école. Apprendre à lire, à écrire et à compter, connaître son environnement et savoir y intervenir, ce sont là des données essentielles. Mais pas à n’importe quel prix ni n’importe comment. A une démarche livresque, dogmatique et scolastique, la pédagogie Freinet oppose le tâtonnement expérimental, une démarche basée sur l’expérimentation personnelle et progressive. Nous croyons essentiellement que tout individu, pour apprendre, doit ressentir le besoin de le faire. L’enseignant/te doit donc utiliser les intérêts des enfants, le matériel qu’ils apportent eux-mêmes, leurs questions pour les faire progresser dans ce qu’ils ont à apprendre.

Le tâtonnement expérimental, c’est essentiellement la démarche naturelle de toute personne qui apprend. La pédagogie Freinet veut respecter cette démarche, d’où son nom de pédagogie naturelle. Il y a là véritable conception du savoir, de l’apprentissage, de l’intelligence et par conséquent, de l’enseignement.

La pédagogie Freinet est aussi une pédagogie de l’expression libre. Elle propose aux enfants et aux enseignants/tes des outils, des temps, des lieux, des structures d’accueil et de soutien de cette expression. Elle favorise l’expression dramatique  par le soutien et l’organisation des jeux de rôle, la création de scénarios qui seront joués par les autres, l’utilisation des marionnettes... Chaque enfant est appelé et amené à proposer ses dessins, ses peintures, ses créations plastiques, qui seront commentés et recevront une place dans le bagage culturel du groupe. Sa parole sera encadrée dans des activités nommées et institutionnalisées comme la causerie, le Quoi de neuf?, le conseil et l’expression dramatique. Son expression écrite sera utile, dans le message qu’elle transporte aux autres, et utilisée, devenant le véhicule naturel de l’apprentissage des structures de la langue écrite, en même temps qu’elle se voit attribuée un statut privilégiée par le journal scolaire, ou tout autre moyen de diffusion.

Et on ne peut parler d’expression sans parler également de communication. Non seulement parce qu’il s’agit là d’un couple qui va de soi, mais aussi parce que nous voyons là une valeur essentielle dans la reconnaissance de l’individualité de chaque personne, parce que nous y reconnaissons un préalable indispensable à la coopération. Chaque personne doit trouver un lieu et des moyens pour faire valoir ce qu’elle est, le faire valoir pour quelqu’un et mettre au service des autres ce qu’elle est, comme elle peut s’attendre à pouvoir utiliser positivement ce que les autres peuvent lui apporter.

Ainsi, lorsqu’on dit de la pédagogie Freinet qu’elle prône la coopération, on peut en voir la présence et la valeur à travers des outils ou techniques précis comme le conseil, l’autogestion du travail, les travaux de recherche ou d’enquête, l’organisation de la classe en ateliers, le plan de travail...  Le conseil, lieu de parole et de pouvoir, de gestion de la classe, permet à chaque individu de prendre une place dans le groupe, celle qui lui est due et qu’il se gagne. Dans une classe coopérative, les projets individuels et collectifs se soutiennent mutuellement. Ils amènent ainsi l’individu à développer sa conscience personnelle et sociale, à valoriser ses talents particuliers et à les mettre au service du groupe. C’est ici qu’intervient l’organisation coopérative de la classe. Les lois, les procédures de travail, les structures mises en place deviennent une nécessité fonctionnelle et sont issues du consensus du groupe plutôt que de la volonté du maître.

La part du maître est essentielle en ce qu’il ou elle est le catalyseur des multiples intérêts manifestés dans le groupe, celui ou celle qui propose des structures qui prennent en compte cette diversité, celui ou celle qui dispose d’outils permettant à cette diversité de prospérer et d’être utile à tous et à chacun. Il ne s’agit pas d’attendre, mais d’aller au devant. Notre travail consiste donc à mettre en place une structure de travail et des situations où les apprentissages seront ressentis comme nécessaires à la vie du groupe et à l’accomplissement de l’individu dans le groupe, où chacun sera interpellé, aura besoin d’aller plus loin pour continuer à s’intégrer à ce qui se passe dans le groupe, sera assuré que la contribution qu’il développe est désirée et aidante pour les autres.

La pédagogie Freinet, c’est plus qu’un ensemble de techniques et d’outils de travail, c’est plus qu’une conception de l’apprentissage, de la personne et de la connaissance. C’est l’intégration de tout ça, dans un vécu quotidien dynamique où chaque outil ou technique est issu d’une réflexion, d’une pensée, d’un tâtonnement né lui-même d’un besoin... où chaque outil ou technique amène aussi d’autres réflexions. Chaque étape franchie est la conclusion d’une démarche et le déclenchement d’une autre. Ce qui fait la richesse de cette pensée pédagogique, c’est la cohérence qu’on y lit entre la réflexion, son origine et sa conséquence.


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