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Historique de la pédagogie Freinet au Québec

Marc Audet, 2004

La pédagogie Freinet s’est installée au Québec depuis plus d'une quarantaine d’années. Peu à peu, des enseignantes et de enseignants se sont mis à pratiquer cette approche, parce qu’ils en partageaient les principes et les moyens.  Afin de donner au lecteur une idée plus précise de l’introduction et du développement de notre pédagogie ici, voici un bref aperçu des moments les plus significatifs de son implantation.

1965: fondation du Ministère de l’éducation du Québec, qui encourage dès le début le renouveau pédagogique en instituant pour les maîtres des stages de perfectionnement: ce sont les SEMEA (stages d’entraînement aux méthodes d’éducation actives - janvier 65 à été 68), auxquelles plusieurs enseignants  français, praticiens de la pédagogie Freinet, participent, à titre d’animateurs.

1965: l’école Noël (Colette Noël) de Belœil fonctionne en pédagogie Freinet et est une sorte de précurseur des futures écoles alternatives d’aujourd’hui.

1967-72: fondation, développement et abandon du mouvement des Chantiers Pédagogiques du Québec, par celles et ceux qui avaient participé aux Séméa.

1971: le Centre Pilote Laval, centre de formation des maîtres de l’Université Laval, à Québec, invite des “freinétistes” aguerris à accompagner une équipe d’enseignantes et d’enseignants d’ici, dans le travail en classe avec les enfants, pendant une courte période.

1980: l’AQPF (Association québécoise des professeurs de français) invite quelques-uns d’entre nous à animer un atelier sur la pédagogie Freinet à son congrès annuel de Trois-Rivières.

1980-82: cette équipe devient “le Noyau”, groupe constitué destiné à mettre sur pied un mouvement québécois d’École Moderne. Des textes majeurs sont écrits, dont la Charte québécoise de l’École Moderne, et serviront de base à la mise en marche du Collectif Québécois de l’École Moderne - Pédagogie Freinet (CQEM).

1982: le 30 août, le Noyau reçoit du gouvernement québécois les “lettres patentes” de fondation officielle du mouvement. Un congrès de fondation est tenu et un premier conseil d’administration élu en septembre, en vertu de la Loi des Compagnies du Québec. La revue CHANTIERS  naît officiellement en même temps.

1983-89: on tient régulièrement des rencontres d’été, des stages, ainsi que des colloques et autres journées de travail en année, afin de soutenir le travail pédagogique quotidien.

1990: un stage d’été fait la mise à jour des institutions et fondements du mouvement.  Il permet de définir et de clarifier les orientations du C.Q.E.M.

Le mouvement a fonctionné avec régularité pendant une dizaine d'années. Chaque année, 40 à 80 membres s’activaient à organiser des colloques de formation, des stages de planification et de mise au point, des journées coopératives ou des journées d’étude. Peu à peu, des groupes locaux vivants et organisés firent leur apparition et permirent aux praticiens/nes d’échanger régulièrement sur leur vécu quotidien.

Des contacts réguliers avec les autres mouvements d’École Moderne nationaux furent organisés et maintenus depuis les débuts, et on chercha toute occasion de participer ou animer des interventions sur notre pédagogie, à chaque fois que cela était offert, à l’université ou ailleurs. Signalons toutefois trois moments qui ont été déterminants dans la vie du mouvement, pour les débats qu’ils ont suscités ou les tournants qu’ils ont marqués.

En septembre 1983, une école alternative est mise sur pied à Beauport. Ce projet éducatif est bâti autour de la pédagogie Freinet, avec une première équipe-école complète. En avril 86, la revue Vie Pédagogique du MEQ publiait mon article sur la pratique de la pédagogie Freinet au Québec. Enfin, depuis 1987, des participants étrangers  participent activement aux stages d’été, et aident de leur expérience, dans notre recherche de cohérence.

En 1990, cela se poursuit. Parallèlement au travail collectif dans le mouvement, un sous-groupe de l’école Lanaudière, le groupe E.L.A.N., à Montréal se lance en pédagogie Freinet, et devient en septembre 91 une équipe à part entière, en déménageant dans une autre école physique et en l’occupant au complet. Une deuxième équipe pédagogique en pédagogie Freinet est née, prouvant ainsi, comme l’avait fait avant elle l’équipe de Yves-Prévost à Beauport, que la pédagogie Freinet est non seulement bien vivante dans nos classes, mais qu’elle peut être gérée avec succès au niveau d’une organisation administrative.

À partir de 1990, le mouvement s'est mis en sommeil, car la participation active avait progressivement baissé. Les personnes-ressources, souvent les mêmes, se sont essoufflées, et faute de relève, il fallait se rendre à l'évidence: le mouvement québécois n'était plus viable. On y a mis fin officiellement au printemps 2003. Cependant, les personnes et les équipes qui pratiquaient la pédagogie Freinet n’ont pas, elles, cessé leur pratique. Le travail s’est poursuivi localement et individuellement. Aujourd'hui, avec Yves-Prévost et ÉLAN, l'équipe de l'école ENVOL (à Laval) affiche un projet éducatif en pédagogie Freinet, tandis qu'à la Commission scolaire des Premières-Seigneuries, une deuxième équipe s'est jointe à celle d'Yves-Prévost: l'école Cap-Soleil, à Charlesbourg.

C'est sans compter de nombreux enseignants, éparpillés ici et là, dans les écoles de quartier, un peu partout au Québec, qui pratiquent notre pédagogie, selon leurs moyens.

La pédagogie Freinet est bien vivante au Québec, même si le mouvement lui-même n'existe plus. Pour un, je souhaite que revienne le temps où un nouveau mouvement Freinet sera de nouveau actif chez nous. En attendant, chacun de celles et ceux qui pratiquent portent le flambeau et tiennent bon!

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